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Bon vent petite Penyu!

Chronique balinaise 2 : Bon vent petite Penyu!


Sur la côte Est de l’île, les plages font face à une barrière de corail qui offre un calme lagon. Ici, les balinais pêchent, naviguent, nagent tranquillement dans le lever du jour.

Sur la plage, de grands bacs étranges, couverts de paille. Un panneau: « œufs de tortues, ne pas de déranger ».

En effet, plusieurs espèces de tortues nichent sur l’île.


Les femelles ont déposé leurs œufs dans le sable avant de repartir en mer, il y a quelques semaines. Après 60 jours, c’est l’éclosion : plusieurs dizaines de minuscules bébés tortues montrent leur nez ! On sait depuis longtemps que la mortalité des jeunes est extrêmement importante et ces espèces menacées, principalement par les oiseaux marins, comme les immenses frégates qui guettent les lieux . Les oiseaux dévorent les tortues avant même qu’elles n’aient atteint la mer. Ensuite, celles qui rejoignent les flots doivent survire, apprendre vite à se nourrir. Très peu survivent plus de quelques jours.


Une association locale, Ruma penyu la maison des tortues) , veille à leur survie et dans ce but, conserve les nouveaux-nés dans un grand baccouveuse, durant deux mois. Ils ne sont toujours pas très gros mais attendent impatiemment les bouquets d’algues qu'on leur offre à déguster.


Ce matin, j’ai beaucoup de chance. Aujourd’hui, c’est le grand jour : on va libérer les tortues à la mer ! La nouvelle a été vite et à 7h du matin, nous sommes nombreux à entourer le bassin où les équipes déposent les créatures dans des bassines plus petites. A mes côtés, une classe d’enfants en situation de handicap caressent les carapaces adorables qui mordillent leurs doigts. Pour tous, cet évènement est porteur d'une grande émotion. Pour le responsable de Ruma penyu, il est très important de sensibiliser les jeunes générations à la protection des tortues. Ainsi dit-il, ils s’en souviendront adultes et feront naturellement plus attention à l’écologie marine.


On emporte les bassines et on les aligne sur la grande plage. On se place derrière. Les organisateurs expliquent les consignes que les professeurs traduisent en langage des signes aux enfants sourds.


Au signal, chacun saisit une petite tortue et la dépose sur le sable. Elle doit ramper d’elle-même jusqu’à la mer pour apprendre, pour comprendre. Elle n'hésite pas une seconde ! L’instinct est bien là, impatient ! Les tortues se jettent à l’eau et, loin d’être impressionnées, nagent très vite en faisant cap sur le large avec un plaisir évident de liberté. Elles découvrent un espace de jeu infini.

Je ne peux m’empêcher de les suivre , de les photographier, de les observer longtemps s’éloigner en gigotant maladroitement leurs petites pattes. Jusqu’à ne plus discerner qu’un cercle d’ondes à la surface, dont le centre est marqué d’un tout petit point noir : une tête qui remonte pour respirer et regarder devant soi.


C’est fini. 80 petites tortues explorent désormais le monde océanique. Je regarde le ciel. Pas d’oiseau en vue. C’est bon signe. J’espère qu’elles réussiront. Qu’elles vivront une très longue vie de penyu : lente, pélagique, nomades aquatique.


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